Le cimetière des Innocents
Le plus grand cimetière de Paris pendant des siècles occupait l’actuelle place Joachim-du-Bellay : charniers, danse macabre, puis fermeture en 1780.
La réponse courte
La fontaine des Innocents se dresse place Joachim-du-Bellay, aux Halles. Élevée pour l’entrée solennelle d’Henri II dans Paris en 1549, ornée de nymphes sculptées par Jean Goujon, elle a été déplacée et transformée en pavillon carré au XVIIIe siècle. Classée monument historique en 1862, elle a été remise en eau en juin 2024.

Par Corentin Mazelier, rédacteurRelu le
La fontaine des Innocents est l’une des plus anciennes fontaines de Paris. Sur la place Joachim-du-Bellay, elle se présente comme un pavillon carré à arcades, posé sur des vasques en gradins. Sa forme actuelle date de la fin du XVIIIe siècle ; sa dernière restauration s’est achevée en 2024.
Roi depuis 1547, Henri II fait son entrée solennelle à Paris le 16 juin 1549. La Ville de Paris raconte que le sculpteur Jean Goujon conçoit alors des décors éphémères tout au long de la rue Saint-Denis. Seule la fontaine a survécu. La base Mérimée la date du deuxième quart du XVIe siècle et nomme Jean Goujon pour les sculptures.
La première version n’avait rien d’une fontaine de carrefour. C’était un édifice maçonné en forme de loggia, près de l’église des Saints-Innocents, ouvert par deux arcades sur la rue aux Fers et une sur la rue Saint-Denis. Un soubassement assez haut masquait la cuve d’eau. La loggia accueillait quelques spectateurs privilégiés sur le passage du cortège.
Le 9 novembre 1785, un arrêt du Conseil du roi affecte l’emplacement du cimetière voisin à un marché aux herbes. L’église et le cimetière des Innocents disparaissent. La fontaine est démontée puis remontée au centre du nouveau marché. De rectangulaire, elle devient un édicule carré à quatre façades. L’architecte de la Ville Bernard Poyet confie à Augustin Pajou les reliefs manquants, à la manière de Goujon.
La seconde menace vient avec les grands travaux des Halles. En février 1973, la Commission supérieure des monuments historiques se prononce pour son maintien sur place, en raison de sa fragilité. La fontaine reste protégée derrière des palissades pendant le chantier.
La page de la Ville compte huit naïades : cinq de Jean Goujon, trois d’Augustin Pajou. Lors de la dernière restauration, les originaux de Goujon ont été remplacés sur place par des copies à l’identique tirées de moulages anciens. Le communiqué du musée Carnavalet rappelle que le peintre Ingres a repris la composition de l’une de ces nymphes pour La Source, achevée en 1856.
| Date | Ce qui change |
|---|---|
| 1549 | Entrée d’Henri II, loggia adossée à l’église |
| 1785 | Arrêt du Conseil du roi, démontage et remontage en pavillon carré |
| 1862 | Protection au titre des monuments historiques |
| 1973 | Maintien sur place décidé pendant les travaux des Halles |
| 2023 à 2024 | Restauration et remise en eau |
L’eau venait d’abord des sources de Belleville et du Pré-Saint-Gervais, puis du canal de l’Ourcq après 1809. Le système était arrêté depuis 2017. Les travaux menés par la Ville de Paris de juillet 2023 à juin 2024 ont restauré l’hydraulique : la fontaine coule de nouveau au centre des Halles, non loin de l’église Saint-Eustache des Halles.
Jean Goujon pour les cinq nymphes du XVIe siècle, Augustin Pajou pour les trois ajoutées à la fin du XVIIIe siècle, quand la fontaine devient carrée.
Non pour celles de Goujon : la Ville de Paris indique qu’elles ont été remplacées sur place par des copies à l’identique pendant la restauration de 2023 à 2024.
Elle tient son nom de l’église et du grand cimetière des Saints-Innocents, à côté desquels elle se dressait, tous deux supprimés à la fin du XVIIIe siècle.
Où nous l’avons lu
Le plus grand cimetière de Paris pendant des siècles occupait l’actuelle place Joachim-du-Bellay : charniers, danse macabre, puis fermeture en 1780.
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